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Petit pays – Gaël Faye

Posted in Romans

Au revoir les enfants

J’avais déjà fait part dans la chronique de La grammaire est une chanson douce de mon admiration pour les auteurs capables de se (re)mettre à place des enfants et de parler avec leurs mots, comme Stephen King ou Alain Mabanckou par exemple qui excellent tous deux dans cet exercice ; eh bien Gaël Faye n’a pas à rougir aux côtés des deux écrivains pré-cités tant sa parole d’enfant est criante de réalisme ! La comparaison avec l’illustre auteur franco-congolais notamment ne s’arrête pas là. Tout au long de ma lecture, je n’ai eu de cesse de remarquer la proximité des ambiances, des lieux mais aussi des personnages et de leur comportement avec ceux de certains romans d’Alain Mabanckou comme Petit piment, Demain j’aurai vingt ans ou bien encore Lumières de Pointe-Noire. A bien des égards, Gaël Faye m’est apparu comme son fils spirituel.

Si les premiers chapitres sont l’occasion de partager les jeux et les questionnements innocents du héros, l’horreur arrive brutalement et le récit se couvre alors de noirceur, sans pour autant perdre la candeur qui fait le charme de l’œuvre. Les dernières pages quant à elles, nous rappellent que toutes ces atrocités se sont réellement produites et surtout qu’elles perdurent en de multiples endroits du monde. Plus encore que par la violence des adultes, j’ai été durement touché au fil de l’histoire par la disparition de l’innocence de certains des enfants, convertis au régime de la guerre.

D’un point de vue plus personnel, ce roman tristement autobiographique m’a conforté dans mon amour de l’Afrique et de la poésie qui émane de ses habitants… du moins de ceux qui n’ont pas fait du pouvoir et de l’argent les deux moteurs de leur existence, probablement corrompus en cela par le tsunami colonialiste de l’Occident.

Petit pays a bénéficié d’une large couverture médiatique et a reçu de nombreux prix, vous l’aurez compris, en ce qui me concerne c’est amplement mérité !
Vous ne pouvez pas passer à côté de ce roman.


Anecdote

J’ai récemment découvert que Gaël Faye était un musicien avant d’être un écrivain, je vais donc m’empresser de découvrir sa musique qui devrait à n’en pas douter confirmer tout le bien que je pense de lui.
Une crainte me taraudait néanmoins ces derniers jours concernant ses talents d’écriture : Petit pays étant tirée des douloureuses premières années de sa vie, parviendrait-il à réitérer sa performance d’auteur dans un prochain roman ? Avec un peu de recul, je me dis finalement qu’une telle puissance narrative ne pourra pas s’éteindre. A moins qu’il ne poursuive son voyage à travers les arts en se lançant encore dans une nouvelle voie ? Il est vrai que plusieurs bonnes étoiles veillent sur lui…


La quatrième de couverture

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…
« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »
Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

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