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Robinson – Laurent Demoulin

Posted in Essais

Un cri plus fort que tous les autres

Dans une succession de scènettes extraites d’un quotidien qui n’a rien d’ordinaire, Laurent Demoulin nous présente, sans filtre ni faux fuyants, la vie de son fils autiste et les dommages collatéraux induits sur sa famille et son entourage. Le style académique des premières pages laisse rapidement la place à la poésie et l’on ressent alors avec force tout l’amour du père pour son enfant, mêlé à une certaine forme de douleur sourde, provoquée par les difficultés de communication.

L’utilisation des expressions « oui-autiste » et « non-autiste » accolées à tous les éléments de la routine quotidienne expose avec clarté la confrontation de ces deux mondes et les problèmes, mais aussi parfois les fulgurances de bonheur, qui résultent de ce trouble du développement.
Au final, on à la sensation d’assister à une pièce de théâtre au sein de laquelle l’acteur principal ignore qu’il est en représentation publique tout en étant, à chaque scène, guidé avec bienveillance par le personnage du père.

Un livre aussi beau qu’il est triste et qui, s’il est rempli des cris erratiques de Robinson, résonne pourtant essentiellement d’un autre cri bien plus fort : celui de l’amour que Laurent Demoulin porte à son enfant.


Anecdote

On ne sort pas indemne d’une lecture comme celle-ci et il m’a fallu plusieurs jours avant de pouvoir me plonger dans un autre ouvrage. C’est finalement Erik Orsenna, avec le dernier tome de son aventure au pays de la langue française La fabrique des mots, qui m’a permis de reprendre le fil de ma vie de lecteur en passant de l’île de Robinson à celle de Jeanne.


La quatrième de couverture

Robinson est une île sauvage. Robinson est un monde. Robinson est un Sisyphe heureux. Robinson est un enfant autiste. Son père, universitaire, évoque avec délicatesse et subtilité son expérience de la paternité hors norme, où le quotidien (faire les courses, prendre le bain, se promener) devient une poésie épique. Détonantes scènes décrites dans leur violence et leur scatologie les plus crues : Robinson ne parle pas, ne se contient pas, il s’exprime dans les mêmes gestes faits et refaits, avec cependant la même joie et le même intérêt, s’achevant dans les fèces le plus souvent. Ainsi Robinson est un adepte de Paul Valéry : «Le monde est menacé par deux choses : l’ordre et le désordre». À cette vie au présent, unique unité de temps comprise par l’enfant, le père répond par une attention de chaque instant et ses soins constants, un humour sans faille et une éponge toujours prête. Avec intelligence et pudeur, ce père nous décrit ces microscènes dans une langue précise et maîtrisée, que son fils, privé de parole, ne saura appréhender. Peut-être est-ce là la seule raison d’être de ce texte tissé entre eux : Robinson ne le lira jamais.

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